Découverte

Vous prendrez bien un petit Kir ?

16 novembre 2016

Puisque Mon Beau Terroir a démarré en Bourgogne, attardons nous sur un breuvage local qui a depuis longtemps dépassé les frontières de cette terre aux multiples terroirs: le kir. Connaissez-vous l’histoire particulière de cet apéritif? Pour cela laissez-nous vous présenter le chanoine Kir. Cas assez rare en France, le bon père fut un homme politique: il a marqué durablement la ville de Dijon dont il a été le maire pendant deux décennies à partir de 1945. Pour nos lecteurs amateurs d’histoire autant que de terroir, sachez qu’il a présidé la toute première séance de l’Assemblée Nationale lors de la naissance de la Vème République !

Un homme haut en couleur, sur lequel les curieux trouveront de nombreux écrits, biographies ou chapitres dans des ouvrages plus généraux, dont nous ne ferons pas la critique ici, faute de vouloir nous changer en blog de critiques littéraires.

La mémoire humaine étant ce qu’elle est, cet homme politique est de nos jours beaucoup moins connu que le mélange portant son nom, malgré une vie hors du commun. Ce chanoine politique était par exemple doté d’un sens de la répartie tout à lui. Voici un échange entre lui et un opposant pendant une réunion électorale:

L’opposant s’adresse à lui: « Dis donc Kir, tu parles toujours de ton bon dieu, et pourtant, on ne l’a jamais vu, tu es sûr qu’il existe ? Et le chanoine de répondre « Et mon c…, tu l’as jamais vu, et pourtant, il existe ! » Gros succès dans l’assemblée.

Chanoine Kir

Revenons à notre cocktail: évidemment, personne n’avait attendu le brave chanoine pour mélanger de la crème de cassis et de l’aligoté. Entre la curiosité humaine et le goût de notre espèce pour la dive bouteille, cela aurait été des plus étonnant. En 1910 le maire de Dijon, Mr Barabant, décide par soucis d’économie de remplacer le Champagne servis lors des réceptions officielles à la mairie par un vin blanc additionné de crème de cassis: parfait pour écouler les productions locales (vin bourguignon et crème de cassis de Nuits-Saint Georges).

Cependant, la légende locale veut que ce mélange ait été servi aux invités de la municipalité avec une telle régularité sous l’impulsion du maire « Kir » durant son mandat que le nom du cocktail était tout trouvé ! Le chanoine imposa qu’il fut servi uniquement avec de l’aligoté, certain prétendant que c’était là la formule qui plaisait le plus à notre maire mixologue. Le chanoine permit finalement aux maisons produisant la crème de cassis d’user de son nom pour le baptiser. Cela donna lieu à des débats sans fin, avait-il donné la permission à une seule maison ou toutes étaient-elles concernées, et finalement à un procès. Le nom est aujourd’hui solidement ancré dans le langage courant.

Notons que, lorsque le chanoine Kir était encore de ce monde,  la proportion de cassis était cependant plus élevée que dans le mélange moderne, l’aligoté étant à l’époque plus acide. Voilà encore de quoi alimenter d’interminables débats la prochaine fois que votre tablée aura à se pencher sur les proportions parfaites!

kir cassis

Quels sont les ingrédients nécessaires à la préparation d’un Kir ?

  1. De la crème de cassis de Bourgogne.
  2. Du Bourgogne aligoté.
  3. Dix bonnes minutes pour débattre avec le reste des convives de la quantité idéale de crème de cassis, avec autant de sérieux que s’il s’agissait du mélange de carburant de la fusée Ariane. La proportion communément admise est 1/5 de crème. Et lorsque parmi l’assemblée il y a un original qui prétend utiliser autre chose que de la crème de cassis, une formation de négociateur pour éviter l’esclandre est aussi une bonne idée…

Précisons qu’il s’agit ici du kir traditionnel. Au fil des régions et des années, il a donné naissance à une infinité de mélanges différents, la plupart du temps ancré dans les productions locales: les bretons remplaçant l’aligoté par du cidre, les savoyards par un cru de Savoie, les alsaciens par du crémant d’Alsace… Bonne dégustation !

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